IL Y A 4 COURAGEUX EN AQUILONIA !

La fumée était épaisse comme un coffre blindé, le brouhaha assourdissant comme un ronflement de dragon lors de cette grande soirée à la grande auberge du Choucas décolle. Il faisait chaud aussi, une bonne vieille chaleur humaine bien moite dégagée par la centaine de joueurs présents. Chacun faisait des prévisions sur le déroulement de la soirée et surtout beaucoup de plans sur la comète. Les yeux brillaient en lisant la liste des lots. Les organisateurs l’avaient promis : tout le monde en aurait un, de lot.
Une petite voix aiguë et nasillarde annonça :
— On va commencer. Tout le monde a ses cartons ?
Tout le monde les avait. Le gnome Friquet tout de bleu vêtu, celui qui venait de parler, et qui officiait au tirage, s’écria :
— Allez, je mélange !
— Ouais, c’est ça, boulègue, boulègue , dit Drabza d’un ton impatient.
— J’ai pas eu mes haricots, gémit Plumette.
— Coin, dit Grolobb, qui n’en n’avait pas eu non plus.
— Ah, ça va pas commencer ! s’énerva Zordar. Tenez, en voilà des fayots ! Et toi, Grolobb, reste calme. Il ne manquerait plus que tu boulottes la moitié de l’assistance !
— Fallait pas les manger, les haricots ? demanda Ambrosius.
Au moment ou Zordar allait sortir une réplique cinglante, le gnome annonça :
— Le douze !
— Je l’ai ! s’écria Touz.
— Ventripouille , moi aussi, fit Tyrion.
— Coin, fit Grlobb en levant une aile.
— J’y vois rien, grinça Trois Chicots. Quelle chienlit de vieillir ! Alors Plumette, je l’ai le douze ?
Plumette se pencha sur les cartons du vieux pirate et secoua la tête.
— Non mais c’est pas grave, le premier lot c’est un jambon et avec tes pauvres dents…
— Hum, t’as raison.
Le gnome annonça successivement le trente quatre, le trois, le cinq, le quarante deux, le vingt sept.
— Nom d’un orque bisexuel ! J’en n’ai pas un seul ! Râla Zordar.
— C’est toujours mieux que d’avoir une chance de cocu, remarqua finement Ambrosius.
Le guerrier aperçu, à deux tables de lui, Verlana, l’oracle, concentrée sur son verre de bière. Elle l’observa longtemps et Zordar, à travers le tapage ambiant, cru l’entendre dire : « Les lots comme les couples seront parfois mal assortis ».
Eh ben, nous voilà bien, pensa le guerrier.
Il avait perdu le fil. Les numéros défilaient. Friquet annonça le soixante treize.
— J’ai une rangée ! Hurla Touz.
— De mon temps on disait une quine, précisa Trois-Chicots
— Il y a 8000 ans aussi, peuchère ! Dit Drabza. Et qu’est ce qu’il a gagné le minot ? Il a le cul bordé d’anchois !
La voix nasillarde lui donna la réponse :
— La quine est bonne et le premier lot est …un fer à friser !
Une salve d’applaudissement salua l’heureux gagnant
— Sacrifiente, j’ai bien fait de perdre ! Souffla Tyrion hilare.
— Mais c’était pas un jambon finalement ? Dit Ambrosius, visiblement soulagé.
— Faut croire que non. Répondit Zordar. Mais il a l’air content notre brave Touz avec son fer à frisettes. Ceci dit, c’est marrant mais je ne suis pas étonné.
Le tirage repris. A un moment Drabza gémit:
— Moi, à chaque fois, je gagne quand il me tombe un œil !
— C’est normal pour une momie, ricana Zordar.
— Coin ! Dit Grolobb lui aussi très déçu..
— Oui mais normalement, les canards ne jouent pas au loto, lui expliqua Plumette.
— Ah mais taisez vous a la fin, grogna Ambrosius, à cause de vous on n’entend pas les numéros. Il a dit quoi le gnome ?
— Le huit.
— En plus je l’ai deux fois celui là ! Il m’en manque trois et j’ai carton plein !
Le prêtre plaça deux morceaux de saucisses dégoulinants de sauce (qui avaient remplacé les haricots manquants) sur ses cartons.
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