IL Y A 5 COURAGEUX EN AQUILONIA !

Zordar s’essuya la bouche d’un revers de manche. Il doit jubiler de me voir en si mauvaise posture, ce diable de korrigan.
— ‘jour.
— Ainsi le grand guerrier à la grande renommée
Se trouve agenouillé à tout dégobiller
Je suis tout de même fier de saluer Zordar
Grand héros Beliantais vaincu par du nectar
Car il existe une loi éternelle mes amis
Les grands toujours le restent même dans le vomi
Ne sachant trop si c’était oui ou non un compliment, Zordar préféra s’abstenir de commentaires et il se dirigea vers le feu. Plumette et son compagnon le suivirent et c’est ainsi qu’à la lueur d’un foyer ronronnant que le guerrier put détailler le farfadet.
Moche. Très moche même. Tout noir, tout ridé, avec des excès dans les oreilles, le nez et les sourcils Ceux-ci étaient aussi broussailleux que ses cheveux.Ca doit être la jungle là-dedans. Les dents n’étaient pas en reste d’autant plus que Lirzhin arborait un large sourire. Comme d’autres korrigans que le guerrier avait croisé, il arborait un couvre-chef (d’une taille conséquente puisque les farfadets avaient tous la tête disproportionnée). Ce chapeau ne manquait pas d’originalité ; en effet, il ressemblait à une sorte de grosse cloche ornée de chaque coté par de magnifiques cornes de boucs.
Pas sûr que ça fasse un jour fureur auprès des ménagères de Belianthe.
— Alors comme ça, c’est toi le rimailleur furtif ?
Le korrigan esquissa une révérence.
— Je suis Lirzhin espiègle en chef
Danseur émérite et sonneur virtuose
Magicien, espion, poète, chanteur…bref
De mes qualités me vanter je n’ose
Je suis Lirzhin le korrigan
Aussi rapide qu’un ouragan
— On avait remarqué, dit Zordar.
Plumette battait des mains et Drabza émit un sifflement.
— Avec ce niston on ne va pas s’ennuyer, fan de Chichoune !
De fait, la petite créature anima la soirée au son de son flûtiau qu’elle maîtrisait (Zordar dut le reconnaître) à la perfection. Il joua des airs vifs et entraînants. Le guerrier se surpris même à taper du pied mais surtout, il était heureux de voir Plumette danser comme une folle en riant aux éclats. Même Drabza frétilla des bandelettes. C’était un de ses petits moments de bonheur furtif qu’on aime à se rappeler dans des temps plus difficiles. Au cœur de la nuit Lirzhin prit congé en emportant le dernier pot de miel qu’il avait bien mérité.
Au petit matin on resta dans l’ambiance musicale avec un réveil en fanfare : le Groku s’était détaché et il était parti, droit devant lui, plein nord, vers le fond d‘une vallée.
— C’est pas une sinécure ce con d’animal, si ça continue, mon frangin sera centenaire quand on va arriver ! Pesta Zordar.
Il emballèrent leurs affaires à la va-vite et se lancèrent à la poursuite du mastodonte borné. L’heure était grave car au fond de la vallée, Zordar entrevit un village : Le Groku fonçait droit dessus !
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