Coucou !

IL Y A  7  COURAGEUX EN AQUILONIA !

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Lundi 22 juin 2009
- Communauté : L'écriture dans tous ses états
Aujourd'hui je publie une nouvelle qui a subit quelques échecs à des AT et que j'améliorerai un jour. Voici donc la version actuelle.
 

Des petits clous, des petits clous, encore des petits clous...

 C'est ce petit refrain entêtant qui trottait dans sa tête alors qu'il traversait une morne campagne. Tout ça parce qu'il avait conclu, après une efficace réflexion que c'était la seule et unique chose qui manquait à tout son matériel : une boite de clous de charpentier.

     A part les grincements de la carriole il régnait un silence propice à la réflexion. Son petit apprenti, Guillot, venait enfin de s'endormir sur son épaule. Il avait la bouche grande ouverte et bavait copieusement. Ce n'était qu'un bref répit car bientôt, Guillot allait se réveiller et le bombarder de questions sans forcément écouter les réponses. Au détour du chemin, il aperçut enfin Montpran, un gros bourg coincé entre deux collines joufflues.

À peine avait-il fait son entrée dans le village que les habitants, les Pranomontains, se poussaient du coude et le montraient du doigt. Une chose était certaine : en moins d'une heure tout le village serait au courant de son arrivée.

 Tout en prenant soin de garder un air impassible indispensable à sa profession, il gara sa carriole prés d'une fontaine et  réveilla Guillot.

- Trouve-moi la meilleure auberge de la ville, occupe-toi des chevaux et prépare aussi un bon bain chaud. Je vais acheter des clous.

 L'espace d'un instant, l'apprenti eut l'air éberlué le temps que les informations passent à travers la brume du sommeil et qu'elles atteignent son cerveau.

- Oui, monsieur Henker, je fonce, monsieur Henker, répondit le jeune blondinet maigrichon. Il sauta du chariot puis se rendant compte que ça ne servait à rien, remonta illico afin de prendre les rênes.


L'homme sourit en le voyant paniquer. Il n'y avait pourtant pas de quoi s'affoler. Il traitait toujours très bien ses apprentis. Ce qui n'empêchait pas la plupart d'entre eux de lui fausser compagnie à la première occasion. Ce métier nécessitait des nerfs solides et Henker pensait que le pauvre Guillot était un peu juste question sang-froid. Tout à ses pensées, l'homme souriait tout en marchant et il fut même tenté de siffloter. Seuls les dizaines de paires d'yeux fixés sur lui l'en empêchèrent.

 Avant de passer chez le comte Vibroc, il se consacra à ses emplettes ce qui eut pour effet de faire s'envoler sa bonne humeur. Le forgeron-quincailler-couturier-blanchisseur avait essayé de l'arnaquer et de lui refiler des clous de second choix. Henker avait alors susurré :

-Tu sais qui je suis ?

L'autre l'avait fixé, puis il avait pâli et semblé prendre dix ans en quelques secondes. Il avait couru chercher deux sacs dans l'arrière boutique et il les lui avait tendus.

- Dé...dé...désolé pour cette lamentable erreur ! avait-il croassé. Voilà du premier choix de premier choix...euh...enfin...du vrai premier choix par rapport à l'autre premier choix qui...

Henker l'avait laissé ramer quelques minutes en jubilant un peu. L'aigrefin avait refusé d'être payé et lui avait offert des outils en prime, tant mieux ! Henker n'abusait jamais de sa profession mais il détestait la tromperie.

 Agacé, il se rendit chez Vibroc pour se faire confirmer son ordre de mission. Le comte, un type assez désagréable, n'avait même pas daigné lui serrer la main, Vibroc lui avait cependant confirmé que le lendemain matin, deux assassins seraient exécutés selon la méthode que le bourreau choisirait.


Guillot avait bien choisi, c'était une bonne auberge ; propre, joliment décorée et la nourriture était convenable. La foule qui s'y agglutinait pour le dîner en était la preuve. On y trouvait de tout : des commerçants, des voyageurs, quelques soldats et même un troubadour. Henker avait d'ailleurs dû attendre longtemps son poulet aux épices et il avait dû utiliser une nouvelle fois son : « Tu sais qui je suis ? » pour accélérer le service.

 Pendant le repas son apprenti l'avait bombardé de questions à propos de la légende du prince disparu. Cette histoire datait d'une quinzaine d'années. Le roi qui régnait alors, un puissant magicien, avait été renversé par son cousin, Breloc,  un sorcier raté. Ce dernier avait tué toute la famille à l'exception du prince, un adolescent, qui, dit-on, avait pu s'échapper. Le félon avait interdit la magie dans tout le royaume d'Ithak. Il est vrai qu'il avait une bonne raison de se méfier de la magie : alors qu'il préparait une potion de beauté, celle-ci lui avait explosé à la figure et lui avait fait perdre un œil. On n'avait rien pu faire car ce malheureux globe oculaire était parti dans une dimension inconnue, et depuis, le borgne refusait d'entendre parler de sorcellerie. Quant au jeune prince, on ne l'avait jamais retrouvé. Cette histoire stimulait l'imagination de nombreux enfants du royaume et notamment celle de Guillot. Il est vrai que le roi-borgne était un sacré tyran et que tout le monde regrettait l'ancien monarque.

- Il reviendra un jour le prince ? demanda Guillot en parlant bas et en jetant un coup d'œil inquiet aux soldats.

- Je n'en sais rien mon petit, il est peut être mort depuis le temps, répondit Henker.

- Je suis sûr qu'il est vivant !

- Si tu veux. En attendant, termine ton assiette et va donc te coucher. Demain nous nous levons de bonne heure.

- Ah, oui...l'exécution ! On va faire comment ?

- Je n'ai pas encore décidé.


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