Coucou !

IL Y A  7  COURAGEUX EN AQUILONIA !

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Mardi 30 juin 2009
- Communauté : SOIF DE LIRE...

 


   Dans un mouvement parfait, la hache trancha la tête du premier assassin. C'était net et sans bavure. Du bon boulot, pensa Henker. Sans attendre, il fit de même avec le second condamné dont la tête rejoignit bientôt celle de son complice. Des applaudissements incongrus, provenant des quelques rares admirateurs du roi, jaillirent de la foule. Henker lança un regard furibond autour de lui et les acclamations cessèrent aussitôt. On se pressait autour de l'échafaud. Peu de Pranomontains appréciaient le spectacle. La grande majorité des gens présents étaient en colère contre les méthodes brutales du monarque et de ses partisans. Henker le ressentait : la haine se concentrait sur lui, le bras armé de Breloc et de sa justice expéditive.

  Il s'approcha de Gruge. Le petit homme semblait avoir rétrécit pendant la nuit et ses yeux étaient creusés. Henker lui non plus n'avait pas dormi de la nuit. Devait-il renoncer à son métier ? Cela devenait-il trop dur ? Il se posa la question en voyant Gruge qui avait le regard du chiot que ses maîtres viennent d'abandonner au bord du chemin. Henker leva sa hache tout en repensant à la phrase que lui avait dit Gruge la veille au soir : « Couic et on n'en parle plus ! Pas le temps de souffrir. ». Il sourit intérieurement parce qu'il savait ce qui allait se passer par la suite et fit à Gruge un petit clin d'œil. Et c'est en voyant le regard complètement éberlué du petit homme qu'il fit retomber sa hache...




   Au crépuscule, un chariot quittait Montpran. L'homme qui tenait les rênes avait la tête basse. Il roula un moment, vérifia que la ville était hors de vue et conduisit le chariot dans un sous-bois. Il descendit et souleva la grosse bâche de toile qui recouvrait le chargement.

   Trois corps sans têtes étaient alignés, un grand maigre, un gros et un petit presque famélique. Prés d'eux, un sac de jute poisseux de sang.

   L'homme l'ouvrit, en sortit trois têtes puis les posa aux pieds des cadavres. Il sembla se concentrer, comme rentrer en lui-même. Il psalmodia une bonne minute dans une langue étrange, comme venue du fond des âges. Ensuite, il prit une pelle, s'éloigna du chariot et commença à creuser.

   La tête la plus petite ouvrit les yeux, jeta un regard alentour et une petite voix demanda :

-     C'est donc le bourreau qui nous accueille en enfer ? Bizarre ! Tu sais Henker, c'est drôle, je suis mort mais je me sens en pleine forme.

-     C'est normal, tu n'es pas mort. Répond le bourreau qui continuait de creuser.

-     Oui mais je suis pourtant en deux morceaux !

-     Hé bien, remet- toi d'aplomb.


   Un des corps se redressa et prit la petite tête pour la placer sur son cou. Gruge descendit du chariot et s'avança vers le bourreau. A ce moment,  une main lui tapa sur l'épaule et une grosse voix lui dit :

-     Ça, mon petit bonhomme, c'est mon corps.


   Henker se retourna et se retrouva face à un des assassins, Dale, sa grosse tête patibulaire juchée sur un tout petit corps.

-     Oups, désolé ! s'excusa Gruge qui en lui même se disait qu'il aurait au moins essayé.


   L'échange se fit pendant que le troisième larron, Chip, se remit d'aplomb à son tour. Henker fourra le sac et la toile de jute dans le trou et le reboucha. Il se tourna vers les trois hommes.

-     Messieurs, dit le bourreau, une nouvelle vie s'ouvre devant vous. Quelle soit tournée vers le bien et l'amour de vos semblables. Sachez que malgré ma fonction, je suis révolté par la justice expéditive que délivre le roi-borgne et ses sbires. J'ai donc trouvé ce moyen,  que me permettent les pouvoirs dont j'ai hérité, pour atténuer les effets de sa monstrueuse politique de terreur. Et euh... Je ne peux évidemment pas vous lâcher dans le royaume avec ces têtes.

-     Pourquoi, elles ne sont pas belles ? demanda Gruge.

-     Heu...ce n'est pas la question, simplement,  on risque de vous reconnaître...quoique, si vous voulez mon avis, vous allez gagner au change !

   Le bourreau se concentra puis passa ses mains devant chacun dans de grands mouvements circulaires. Pendant quelques secondes il ne se passa rien puis... les trois hommes se regardèrent et...restèrent bouche bée ! Ils avaient changé d'apparence ! Trois hommes, musclés, deux grands et un petit,  aux visages d'Apollon faisaient maintenant face à Henker. Ils riaient et admiraient leurs nouveaux muscles avec une joie non feinte. Alors, pendant que Dale et Chip prenaient des poses dignes des plus grands culturistes, Henker prit Gruge à part.

-     Tu sais qui je suis maintenant, non ?

-     Vous êtes le prince, c'est ça ? Bravo pour le déguisement ! Le roi-borgne vous cherche partout et il vous a sous ses yeux...ou plutôt sous son œil ! (Le petit homme devint soudain sérieux) Excusez-moi de vous dire ça mais,  ressusciter les gens c'est bien beau néanmoins cela ne suffit pas !

-     Tu voudrais quoi ?

-     Que vous preniez la tête d'une armée et que vous lui bottiez les fesses à ce salaud !

   Gruge venait de toucher juste. Ces questions, Henker se les posait tous les jours. Devait-il se révéler ? Les gens le suivraient -ils ? Sûrement,  vu la révolte qui couvait. Cependant Henker doutait d'être à la hauteur. Empli d'incertitudes,  il répondit :

-     Je ne sais pas. Tu sais, quand il a prit le pouvoir, Breloc a massacré des milliers de gens. Alors si moi je dois en tuer autant pour monter à mon tour sur le trône d'Ithak, je ne sais pas si ça en vaut la peine.

-     Je suis sûr que vous pouvez réussir ! Vous pouvez faire de grandes choses ! La preuve, je suis là  et en un seul morceau ! Ayez confiance en vous et en vos pouvoirs ! S'il y a des morts, hé bien vous les ramènerez à la vie !

Henker rit :

-      Ma parole, tu veux me faire travailler à la chaîne ! Ce n'est pas la centaine de gens que j'ai ramenés à la vie qui suffiront. Mais dans le fond,  tu as peut être raison.

-      Et puis, si je peux me permettre, moi je crois qu'il vous manque une femme. Vous êtes trop seul et je suis sûr qu'une compagne, euh, vous ferait le plus grand bien. A tous les niveaux ! (Gruge avait rougi) Enfin, ce que je dis...

Henker resta un moment silencieux puis il dit doucement :

- C'est amusant que tu me dises ça parce que, ces derniers temps, je rêve d'une belle rousse aux yeux verts. Et chaque fois que je me réveille,  mon apprenti me dit que je souris bêtement. Mais tu vois,  ce n'est jamais qu'un rêve...

-    Qui sait ? Enfin, si vous avez besoin d'un coup de main, je serais votre homme...et même un sacré gars beau et musclé ! s'esclaffa Gruge.  Et dites, s'il prenait l'envie à ces deux zigues de... disons, estourbir à nouveau quelqu'un ?

Henker jeta un coup d'œil aux deux assassins.

-     Leurs têtes tomberaient toutes seules comme des fruits murs. Et ils iraient rejoindre leurs ancêtres.

-     Mum ! C'est radical mais c'est juste !

Gruge se tourna vers les deux athlètes de foire.

-     On y va les gars ?


   Tous saluèrent et remercièrent une dernière fois Henker et s'en allèrent. Alors que les trois hommes s'éloignaient, le bourreau entendit Dale proposer :

-     Et si on montait un spectacle de strip-tease pour les femmes ? Je suis sûr que ça marcherait ! On l'appellerait « Chip et Dale »

-     Et Gruge ?

-     Non, « Chip et Dale », ça sonne mieux...

 

 

Fin

 

 

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